INSTANCES

Parole à Julien Delaporte un président
à 1 000 %

Vous êtes à la tête d’une des plus grosses CMCAS de France. Cela demande un investissement énorme. D’où vous est venue cette force de l’engagement ?

C’est l’une des questions que l’on me pose le plus souvent et cela me donne parfois l’impression d’être un Yoda de l’engagement. [rires] J’adorerais raconter que je suis né le poing levé, que j’ai appris à lire avec le Manifeste du Parti Communiste, et organisé ma première lutte à l’école primaire. La vérité, c’est que cette soif de l’engagement est née tardivement, lors de mon entrée dans les IEG, et plus particulièrement quand j’ai intégré les Activités Sociales en tant que Président, en 2020. Avant de devenir militant, j’ai dû apprendre l’engagement ; et les Activités Sociales ont ce pouvoir de vous convaincre qu’il n’est pas un pré carré réservé à une catégorie d’individus dont je ne faisais pas forcément partie. Elles m’ont convaincu que l’engagement est la seule voie possible vers la construction d’une société où régneraient la force du collectif, la justice sociale, le débat d’idées et la solidarité. Si je l’ai compris, tout le monde peut le comprendre. Et mon rôle, comme celui de toutes et tous les élu·es de CMCAS, c’est de convaincre à mon tour que peu importe la façon dont nous rencontrons cette voie de l’engagement, l’allure à laquelle on marche ou la distance parcourue, pourvu qu’on soit nombreux à l’emprunter.

Je crois savoir que depuis votre engagement au sein des Activités Sociales, vous avez également des mandats au sein de structures du tourisme social (mandat bénévole, hors temps de détachement). Comment gérez-vous cet engagement ?

C’est un engagement très fort qui induit un changement de vie et qui demande beaucoup d’investissement personnel, du temps et du travail. Heureusement, j’ai le soutien de ma famille et des nombreux élu·es qui pilotent avec moi notre CMCAS. Mais il faut savoir qu’aujourd’hui, dans le tourisme social, nous souffrons d’un manque d’engagement militant et je considère que dans ma posture, il est de mon devoir de m’y investir. J’ai conscience que ce rythme peut freiner et je ne le souhaite pas à mon successeur. C’est pourquoi, nous travaillons en ce moment à sculpter une organisation collective, une répartition des tâches pour que tout ne repose pas sur quelques-un·es mais bien sur toutes et tous. Je ne suis pas pour la personnification du mandat.

Si vous vous retournez sur votre première moitié de mandat, quels ont été les temps forts ?

Le premier qui me vient à l’esprit, c’est mon élection et ma désignation de Président de la CMCAS à l’unanimité du Conseil d’Administration, suite aux élections en 2022. C’était un moment d’une grande signification, marqué par la confiance que les membres ont placée en moi pour diriger cette aventure collective.

Après, quel autre temps fort retient votre attention ?

J’ai beau réfléchir, il est difficile de sélectionner quelques temps forts. Chaque moment vécu auprès des bénéficiaires, des élu·es, des bénévoles, et des professionnel·les des Activités Sociales est unique et me fait grandir chaque fois un peu plus. En tant que Président, je me nourris de toutes ces rencontres. Chaque événement, chaque projet contribue à tisser la richesse et la diversité qui nous caractérisent. Ils renforcent ma conviction que notre mission va au-delà de simples responsabilités. En tant que Président, je suis conscient que chaque décision, chaque initiative, a un impact sur la vie de nos bénéficiaires. L’humilité et l’écoute sont au cœur de mon approche, car je considère que chaque voix, chaque expérience, a sa place dans la construction de notre avenir commun.

Ces dernières années, la société traverse de nombreuses crises (inflation, conflits géopolitiques, montée de l’extrême droite, la crise énergétique et environnementale), est-ce que cela oblige de revoir certaines ambitions de la CMCAS ?

Oui, il y a indéniablement un impact. Nos Activités Sociales ne sont pas simplement un comité d’entreprise, mais portent en elles un héritage, des valeurs de solidarité et d’humanisme profondément ancrées. Actuellement, l’énergie déployée par nos Activités Sociales est confrontée à des défis sans précédent. Le Covid a bouleversé nos relations sociales, le télétravail a transformé notre rapport au travail, imposant une révision de nos modes de communication. Nos CMCAS doivent s’ajuster, se transformer pour rester pertinentes. Les conflits géopolitiques révèlent une tendance à la fermeture de la société française, une résonance chez nos agents. C’est là que nos Activités Sociales prennent tout leur sens, en incarnant la solidarité et l’humanité. Cependant, cela ne va plus de soi. Je constate la nécessité de réaffirmer ces valeurs dans des instances telles que les Conseils d’Administration et les Assemblées Générales. Certains estiment que les comités d’entreprise ne devraient pas s’exprimer sur des sujets sociétaux, mais je crois en notre rôle et notre responsabilité dans ces débats. C’est pourquoi nous avons d’ailleurs envoyé la BD Refuge, créée par la CMCAS Haute Bretagne, à tous nos bénéficiaires de 18 ans en 2023 pour leur permettre de comprendre le rôle essentiel des Activités Sociales dans la solidarité et l’humanité et qu’ils en soient fiers.

Y a-t-il un fil rouge pour ces 2 prochaines années de mandature ?

Je constate actuellement une fracture entre les actifs et les retraités. Établir des activités intergénérationnelles devient ainsi la ligne directrice des deux prochaines années de la mandature. L’objectif est de rétablir le lien et de démontrer que les Activités Sociales accompagnent les agents tout au long de leur parcours professionnel et au-delà. Nous faisons face à une pression immédiate soutenue par certaines organisations syndicales, mais il est crucial de souligner que les Activités Sociales ne visent pas à accroître le pouvoir d’achat. Elles jouent un rôle d’appui tout au long de la vie, et nous devons sensibiliser nos actifs à la véritable puissance des Activités Sociales dans cette perspective.

Quelle est la vision que vous souhaitez partager avec les agents actifs et retraités ?

Je souhaite que chaque actif et retraité perçoive les Activités Sociales comme un compagnon de route, un soutien indéfectible à toutes les étapes de sa vie. Notre vision est de créer une communauté solidaire, où l’entraide et l’échange transcendent les générations. Les Activités Sociales ne se limitent pas à un instantané, elles sont le fil conducteur qui tisse la trame de nos vies professionnelles et personnelles.

Pour modeler l’image des Activités Sociales, est-il envisagé de développer davantage la démocratie participative au sein de la CMCAS ?

Absolument, le renforcement de la démocratie participative au sein de la CMCAS est une piste que nous explorons activement. Notre démarche consiste à revitaliser nos Assemblées Générales de SLVie, créant ainsi un espace où chaque bénéficiaire se rend compte qu’il détient une place cruciale en tant qu’acteur des Activités Sociales. Nous avons observé une méconnaissance de notre système et parfois une crainte associée à l’engagement. Certains agents hésitent à s’impliquer davantage dans les Activités Sociales par peur des responsabilités associées. Pour dépasser ces freins, nous cherchons à simplifier le processus et à démystifier l’image des Activités Sociales. L’idée sous-jacente est de permettre à chaque agent de devenir un acteur actif et engagé, prêt à défendre et à promouvoir les Activités Sociales.

Propos reccueillis par Sophie Carlot

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